Les Barbara Furtuna & Terranu

Dès les années 30 Tino Rossi véritable star mondiale du cinéma et de la chanson ensorcèle la planète de sa voix de velours. Durant cinquante ans celui qui demeure encore aujourd'hui le cinquième plus gros vendeur de disques de tous les temps représentera avec dignité l'image fantasmée du Latin Lover et d'une Corse exotique digne d'une carte postale.

Loin des ritournelles de l'entre deux guerres et d'une réalité insulaire d'autant plus douloureuse que tue, le Riacquistu puisera dans la souffrance issue de l'oppression cette énergie du désespoir qui s'exprimera autant par la lutte que par un retour aux sources salvateurs. Au feu de ces années qui virent tant des nôtres sacrifiés sur l'autel de la raison d'État, ou de l'avidité, furent peu à peu forgées les armes politiques, les outils linguistiques et les instruments culturels de la reconquête d'un patrimoine, d'une identité Corse et d'un destin enfin empreints de dignité. Ainsi, préfigurant cette Université de Corse que le mouvement Nationaliste ferait rouvrir à Corte en 1981, fleurirent partout dans et hors de l'île à l'orée des années 70 écoles et formations de langue Corse. Dans leur sillage des écrivains, poètes, enseignants et chanteurs fondèrent les groupes phares tels que Canta U Populu Corse, I Chjami Aghjalesi, I Muvrini, A Filetta, véritables ambassadeurs de la langue et de la culture Corses. En dépit de la censure d'État, d'une opposition constante et d'un dénigrement médiatique organisés par les clans au service d'une République Française "une et indivisible" particulièrement répressive, les chanteurs et groupes polyphoniques Corses ont porté la voix de la première démocratie du monde moderne qu'est la petite Nation Corse partout dans le monde. À leur suite, avec tant d'autres depuis lors ils n'ont de cesse de partager à travers notre langue le lait et le miel de cette culture avec les peuples frères de toutes les autres Nations de cette magnifique planète. 

Empreints de ce même respect de l'autre et des valeurs de partage, d'exigence et de qualité, les membres de la formation polyphonique Barbara Furtuna gardent cette même ligne de conduite qu'ils soient sur scène ou dans la vie. Toute la générosité et l'amour qu'ils offrent depuis vingt ans à leur public, n'est pas une représentation mais bien le prolongement artistique de leur être. Comme ils le disent eux-mêmes, c'est la scène qui les porte. Les ayant rencontrés lors d'un concert voici quelques années, nous nous sommes liés d'amitié, lentement, naturellement. Au-delà de mon propre parcours musical de plus de quarante ans, j'ai ainsi reçu énormément sur le plan personnel et artistique par cette proximité avec les hommes derrière la musique et le travail vocal. À travers ce lien privilégié se sont révélées les heures de recherche passionnée, de répétitions exaltantes et de mises en places quotidiennes qui transforment en art la quête d'absolu des Barbara Furtuna. Jean-Philippe, Maxime, André et Jean-Pierre on accueilli et scruté avec ce même soin mon travail de presque deux années dans la formation polyphonique U Terranu que j'avais montée mais qui ne devait pas demeurer sous sa forme première. Pour retrouver du sens et un souffle nouveau, je posai donc un temps mes instruments. Trouver la voie qu'il me fallait prendre, ce chemin vers une authenticité que seul il nous faut emprunter, me porta un temps loin de la musique mais au plus près de la Nature et des éléments. Attentifs à ce silence les Barbara Furtuna ont fini par me faire comprendre que le graal se trouve en chacun de nous. Il y a peu de temps ils me remirent un ouvrage sur l'histoire de la Corse, un livre rempli de contes sombres et magiques, secrets et lumineux, un recueil sur l'humanité qui nous lie les uns aux autres. C'est là qu'ils me proposèrent de partager la scène avec eux quand le coeur m'en dirait sans obligation aucune pour des premières parties. À une seule condition, reprendre le chant, remonter de mon côté un nouveau spectacle sous l'œil bienveillant et l'oreille exigeante de mes parrains. J'ai donc gardé le nom de Terranu, cette brise de montagne du centre de la Corse qui souffle sur les monts de cette île magique, pour descendre vers les plaines porter les paghjelle de nos bergers, les contes et lamenti de nos anciens. Je n'oublie pas non plus les conseils de mes amis Jean-Jaques Murgia et François Sekli qui de leur côté me poussaient également à reprendre la scène. Je n'oublie pas ce soir au théâtre de Bastia où SEKLI m'avait invité à prendre mon Bòdhran pour accompagner l'un des derniers titres de son album Cun Tè, où nous devions retrouver avec les Barbara Furtuna, les groupes Canta U Populu Corsu, Feli, Petru Guelfucci... dans une soirée pour la ligue contre le cancer. 

Au nom de ces cœurs fraternels qui nous sauvent de nous-même, de ces mains tendues, de nos aïeux passés de l'autre côté du miroir, d'une Histoire qui demande encore à être contée, pour toutes ces années sur les routes à votre rencontre et pour tenir la promesse faite autant à moi-même qu'à ces amis précieux que je veux remercier, le nouveau Terranu se lève et vous dit... à prestu !

                                                                                                                                       

                                                                                                                                                                                                                                                  Terranu

                                                   

Sekli & Terranu

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